Seule la lumière demeure, de Francisco Arenas Farauste
Qu'advient-il de ce qui nous échappe, des mots restés tus et des chemins non empruntés ? Dans son dernier ouvrage, Seule la lumière demeure (paru aux éditions 5 Sens), Francisco Arenas Farauste livre une méditation poétique et profonde sur la mémoire, l'empreinte du temps et la beauté de nos inachevés. Entre la clarté des paysages méditerranéens et la retenue propre à la littérature suisse romande, l'auteur interroge ce qui persiste lorsque le décor s'efface..
Rencontre on ne peut plus passionnante.
1. Sur l'origine du titre et la symbolique
Votre titre affirme que « Seule la lumière demeure ». Dans un livre qui s'interroge sur la trace de nos manques et de nos absences, quelle est cette lumière qui persiste quand tout le reste s'efface ?
Francisco Arenas Farauste : La lumière dont il est question n'est pas celle qui efface les ombres, mais celle qui leur donne un sens. Avec le temps, les événements s'estompent, les lieux changent, les visages eux-mêmes deviennent parfois incertains dans notre mémoire. Pourtant, quelque chose demeure : une émotion, une vérité intérieure, une forme de présence invisible qui continue à nous accompagner. C'est cela que j'appelle la lumière.
Le titre exprime l'idée que nos existences ne se réduisent ni à leurs réussites ni à leurs échecs. Lorsque tout ce qui semblait essentiel s'efface, il reste souvent une trace plus profonde, faite d'amour, de transmission, de souvenirs et de conscience. Cette lumière est peut-être la part la plus humaine de nous-mêmes : celle qui survit au temps et qui continue d'éclairer ceux qui viennent après nous. À nous de décider de la garder…
2. Sur l'expérience du temps et de la trace
Vous demandez si une vie se définit par ce qu'elle laisse ou par ce qu'elle n'a pas su accomplir. Pensez-vous que la littérature soit justement là pour donner une seconde chance à ces manques et à ce qui est resté inachevé ?
Francisco Arenas Farauste : Je crois que la littérature ne répare pas le passé, mais qu'elle lui offre une autre existence. Dans la vie, beaucoup de choses restent inachevées : des paroles que l'on n'a pas dites, des choix que l'on n'a pas osé faire, des rêves abandonnés en chemin. Nous portons tous ces absences en nous.
L'écriture permet d'ouvrir un espace où ces manques peuvent être regardés autrement. Elle ne les transforme pas en réussites, mais elle leur donne une voix. En racontant, en imaginant, en revenant sur ce qui n'a pas eu lieu, la littérature révèle que l'inachevé fait aussi partie de notre identité. Peut-être même qu'il nous définit autant que ce que nous avons accompli. Elle offre ainsi non pas une seconde chance au sens concret, mais une seconde lecture de notre existence.
3. Sur la dimension paysagère et méditerranéenne
Le visuel de couverture et la photographie évoquent la clarté méditerranéenne, la pierre, la terre et l'espace. En quoi le paysage et le décor jouent-ils un rôle de révélateur intérieur pour vos personnages ?
Francisco Arenas Farauste : Dans mon écriture, le paysage n'est jamais un simple décor. Il agit comme une chambre d'écho de la vie intérieure des personnages. La lumière méditerranéenne, la pierre, la terre sèche ou l'horizon ouvert portent une mémoire ancienne qui dialogue avec les questionnements humains.La Méditerranée possède cette capacité particulière à mettre les êtres face à eux-mêmes. Son éclat révèle autant qu'il cache. Devant un paysage nu, devant une étendue de lumière ou une pierre marquée par le temps, les personnages sont amenés à se confronter à leurs propres fractures, à leurs souvenirs et à leurs désirs.
J'aime l'idée que les lieux conservent quelque chose de ceux qui les traversent. Ainsi, le paysage devient un personnage silencieux, un témoin qui accompagne les êtres dans leur quête de sens et leur rapport au temps.
4. Sur l'écriture et l'ancrage suisse romand
Votre livre est ancré dans la littérature suisse romande tout en ouvrant une réflexion universelle et poétique sur la mémoire. Comment ce territoire nourrit-il votre écriture et votre rapport au silence ?
Francisco Arenas Farauste : La Suisse romande m'a profondément appris l'attention. C'est un territoire où les paysages invitent à la contemplation et où le silence n'est pas une absence, mais une présence à part entière. Cette relation au calme, à la mesure et aux nuances nourrit naturellement mon écriture.
J'y trouve une forme de retenue qui laisse davantage de place à l'émotion et à l'introspection. Dans cette tradition littéraire, le silence devient souvent un langage. Il permet d'approcher ce qui échappe aux mots : la mémoire, le deuil, le passage du temps ou encore la fragilité des liens humains.
Même si les questions abordées dans Seule la lumière demeure sont universelles, elles prennent racine dans cette géographie sensible. Entre lacs, montagnes et espaces ouverts, ce territoire m'enseigne que les vérités les plus profondes se révèlent rarement dans le bruit. Elles apparaissent souvent dans les interstices, dans ce qui est suggéré plutôt qu'affirmé. C'est sans doute là que naît ma relation à l'écriture : dans l'écoute attentive de ce qui demeure lorsque les mots se taisent.