Rencontre avec François Rabes et son livre Indemne
INDEMNE : La Mécanique du Chaos et la Quête de Sens
Un entretien exclusif avec l'auteur François Rabes
À l’occasion de la sortie de son nouveau roman, François Rabes nous livre les clés de cette œuvre sombre et viscérale, véritable plongée dans l'intimité d'un homme brisé.
I. Le Basculement du Destin
Question : Dans votre roman, votre protagoniste Sofiane est un médecin urgentiste habitué à sauver des vies, mais il se retrouve impuissant face à la perte de Clara. Comment avez-vous travaillé cette ironie tragique ?
François Rabes : Dès le début, l'idée consistait à propulser un homme « ordinaire », dans une situation « extraordinaire », qui le dépasse et le broie. Qu'il devienne alors nos yeux et nos oreilles en basculant dans une dimension tragique et violente. Le fait que Sofiane exerce la profession d'urgentiste est le point de départ de son propre drame, celui de ne pas avoir été en mesure de venir en aide à son âme sœur. Son métier et son talent vont ensuite lui servir à percer l'organisation criminelle. Comme dans un film, sa fonction de héros ressurgit et devient déterminante pour la suite de l'histoire.
II. La Psychologie de la Vengeance
Question : Sofiane sort physiquement « indemne » d’une fusillade, mais il est psychologiquement brisé. Pourquoi cette exploration de la vengeance chez un homme de science ?
François Rabes : Mon intérêt principal réside dans le fait d'exposer l'émotion profonde des personnages. Ce terme, « s'en sortir indemne », m'a toujours paru incroyable, invraisemblable. Comment croire que l'on puisse sortir en un seul morceau d'un drame pareil ? La tragédie que traverse Sofiane est une métaphore extra-large du deuil. L'idée de retourner son savoir et son expertise contre les responsables du carnage m'a paru évidente et cohérente. Sa vengeance se nourrit de cette confrontation, racontée en caméra subjective tout au long du roman pour rendre les situations crédibles.
III. Un Réalisme Glaçant
Question : L'intrigue nous plonge dans une guerre des gangs brutale entre Montreuil et Grigny. Quelle part de réalité avez-vous injectée dans ce récit ?
François Rabes : L'univers des voyous traité dans INDEMNE est le fruit de documentations, d'articles de presse et parfois d'histoires réelles dont j'ai eu vent. C'est un doux mélange de vérité et d'invention. Il était nécessaire pour moi d'ancrer l'action dans un quotidien palpable. Le narcotrafic gangrène nos sociétés et les organisations d'aujourd'hui redoublent de cruauté. C'est une histoire de bandits vieille comme le monde, mais avec d'autres codes, d'autres règles, toujours plus violentes.
IV. Le Miroir Social
Question : Vous abordez également des thèmes sociétaux comme le rejet et le racisme ordinaire à travers la belle-famille de Sofiane. Est-ce le reflet de notre époque ?
François Rabes : Oui, je souhaitais que le choc de la disparition de Clara soit doublé du manque de compassion vis-à-vis de Sofiane. Même son chagrin, ses affreux beaux-parents le lui confisquent. C'est la double peine. Son besoin de vengeance naît aussi de cette humiliation, de ce rejet. La bêtise des parents de Clara est le miroir de notre époque où chaque communauté se replie sur elle-même. Vivre ensemble est devenu un concept... une illusion.
V. L'Évolution d'un Style
Question : Après Les Racines des ombres, votre écriture semble plus nerveuse, plus brute. Comment avez-vous abordé ce deuxième roman ?
François Rabes : J'ai écrit INDEMNE avec le désir fou d'embarquer le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu'au point final. C'est le « page turner » dont je raffole. Pour l'immersion, je travaille uniquement avec des bandes originales de films pour mieux sonder la psychologie des personnages. C'est une affaire de rythme et de tempo. Je suis extrêmement reconnaissant de l'accueil réservé à ce roman qui me tient très à cœur.
Éléments de mise en valeur (Pull-quotes)
« S'en sortir indemne. Ce terme m'a toujours paru incroyable. Comment croire que l'on puisse sortir en un seul morceau d'un drame pareil ? »
« La bêtise des parents de Clara comme miroir de notre époque, où la division règne en maître. »