Rencontre avec Florence Tachoires et son nouveau thriller
1. Sur la genèse et l'inspiration
« Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur ou l'image initiale qui vous a donné envie d'ouvrir les portes de cette maison "derrière les volets bleus" ? Ce titre évoque à la fois l'intimité et le secret ; s'inspire-t-il de lieux ou de souvenirs réels ? »
L'élément déclencheur a été une phrase entendue lors d'un hommage rendu au chanteur Pierre Bachelet : « Je me suis trompé de sœur. » Très peu de temps après son mariage, il était tombé amoureux de sa belle-sœur. Ensemble, ils avaient choisi de braver les conventions familiales pour vivre leur histoire. Cette histoire m'a profondément interrogée. Comment traverse-t-on une telle situation ? Peut-on s'en relever sans tout perdre ?
À cette réflexion s'est ajoutée une image me poursuivait depuis longtemps : celle d'un corps découvert sur une plage.
Et puis il y a eu le décor. Une île, une cabane isolée où, derrière ses volets clos, tout devient possible : les confidences, les passions interdites, les choix que l'on n'oserait jamais faire ailleurs. À mes yeux, c'était un cadre profondément romanesque.
2. Sur les thématiques et les secrets de famille
« Les volets clos suggèrent souvent ce que l'on cherche à cacher au regard des autres, comme les non-dits ou les secrets de famille. Comment avez-vous abordé la tension entre les apparences publiques et la réalité intime de vos personnages ? »
Les secrets de famille occupent une place importante dans le roman. L’enfance de Jérémy qui m’a été inspirée par celle de mon père, victime d’une méningite lorsqu’il était enfant. Sa mère passait ses journées à son chevet, suspendue à la peur de le perdre. Pendant ce temps, son petit frère grandissait, privé d’une part de l’attention maternelle. Longtemps, je n’ai pas compris cette fracture entre eux qui rendait toute réconciliation impossible. L’écriture de ce roman m’a permis d’entrevoir ce lien entre la maladie, le manque et le ressentiment qui naît parfois au cœur d’une famille.
Et puis, je m’interroge beaucoup sur la marginalité, sur ces être cabossés par l’existence et aux regards éteints. Derrière chaque trajectoire brisée, il y a des blessures, des événements tragiques, des secrets.
Personne n’est exactement comme on le perçoit. J’essaie de rendre mes personnages humains avec des failles, des blessures familiales, professionnelles ou identitaires ce qui détermine leurs choix et leurs contradictions.
3. Sur le style et l'ambiance
« Votre récit est empreint d'une atmosphère très particulière. Comment avez-vous travaillé le rythme et le style visuel de votre écriture pour que le lecteur ressente le poids, mais aussi la poésie, de ce qui se joue derrière ces volets ? »
J’ai appris à équilibrer action et réaction des personnes afin que le récit avance tout en laissant une place à l’intime.
Quant à la poésie, elle m’accompagne depuis longtemps. Lycéenne, j’écrivais des poèmes.
4. Sur le message et la réception
« Quel sentiment ou quelle réflexion espérez-vous que le lecteur garde en lui une fois le livre refermé et ces volets symboliquement rouverts ? »
J’espère avant tout que le lecteur passe un agréable moment. Deux lecteurs ayant découvert le roman en avant-première, ont dit : « J'ai eu beaucoup de mal à reposer ce thriller. » « On referme le livre avec le cœur serré. » Ce qui m’a beaucoup touchée.