Passé confessé, le nouveau livre de Marie-Eve Meuwly
1. Sur l'ancrage régional et l'ambiance mystique
« Votre nouveau roman s'ancre profondément dans les terres fribourgeoises, et une partie de l'intrigue gravite autour de l'abbaye d'Hauterive. Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce lieu chargé d'histoire et de spiritualité pour y tisser une disparition et des secrets ? »
J’ai un lien très particulier avec l’abbaye d’Hauterive. J’ai grandi tout près, puisque j’ai habité à Marly, à la Route de Chésalles, à quelques pas de ce lieu qui a toujours fait partie de mon paysage. Enfant, je ressentais déjà quelque chose de très fort en passant près de l’abbaye : il y avait à la fois une part de mystère, de calme et presque de magie qui s’en dégageait.
En devenant adulte, j’ai eu envie de mieux connaître son histoire, son architecture, son atmosphère si particulière. Je me suis rendu compte que ce lieu portait en lui une profondeur idéale pour accueillir une intrigue de polar : ses murs anciens, son silence, sa dimension spirituelle et les nombreuses histoires qui peuvent y être imaginées. L’abbaye est devenue bien plus qu’un décor dans mon roman ; elle est presque un personnage à part entière, un lieu où le passé et les secrets peuvent ressurgir.
2. Sur la psychologie et la dynamique des personnages
« L'enquête est menée par Ben, un policier brisé par le deuil, et sa nouvelle partenaire Isis, qu'il n'a pas choisie. Comment avez-vous construit la dynamique de ce duo que tout oppose, et en quoi leur confrontation les aide-t-elle à affronter leurs propres démons ? »
J’avais envie de créer avec Ben et Isis deux personnages issus d’univers très différents, avec des caractères forts et presque opposés. Leur différence d’âge participe aussi à cette dynamique : ils n’ont pas la même expérience de la vie, pas le même regard sur le monde ni la même façon d’affronter les épreuves.
Ben, marqué par le deuil et par un passé douloureux, porte le poids de ce qu’il a vécu et s’est construit autour de ses blessures. Isis, plus jeune, arrive avec sa propre énergie, sa personnalité affirmée et une autre manière de voir les choses. Pourtant, derrière leurs différences, ils partagent une même fragilité : chacun porte un passé tragique qui a laissé des traces.
C’est justement cette confrontation entre deux êtres que tout semble opposer qui m’intéressait. Leur enquête va les obliger à apprendre à se comprendre, à se faire confiance et, peu à peu, à affronter leurs propres démons. J’aime écrire des personnages marqués par leur histoire, parce que ce sont leurs blessures, leurs contradictions et leur évolution qui les rendent profondément humains.
3. Sur le thème du secret et le titre du livre
« Le titre, Passé Confessé, évoque immédiatement le poids des fautes, la religion et la libération par la parole. Dans quelle mesure ce roman explore-t-il la frontière entre la justice des hommes et le besoin intime de rédemption ou de vérité ? »
Le titre Passé Confessé est intimement lié au cœur même du récit. Il évoque évidemment la culpabilité, le poids des secrets. Dans le roman, cette idée passe notamment par la culpabilité d’un père qui porte le poids de ne pas avoir su protéger son enfant. Mais elle résonne aussi à travers le passé d’Isis, qui est étroitement lié à celui de Ben, un passé qu’elle n’ose pas lui révéler par peur de le fragiliser davantage et de le faire sombrer encore plus.
À travers ces personnages, j’avais envie d’explorer cette frontière entre la justice des hommes, qui cherche à établir les faits et à réparer les fautes, et une autre forme de justice plus intime : celle que l’on doit parfois trouver en soi-même pour pouvoir avancer. La confession devient alors un acte difficile, mais aussi une possibilité de libération, car certains secrets, continuent de peser sur ceux qui les portent.
4. Sur l'évolution de son travail d'écriture
« Après le succès du Lac des signes, vous confirmez avec ce livre votre goût pour le polar psychologique et intense. En tant qu'architecte de formation, est-ce que votre manière de concevoir l'espace ou de structurer des plans influence votre façon de bâtir l'intrigue d'un roman policier ? »
Je pense qu’il existe effectivement un lien entre ma formation d’architecte et ma manière d’écrire. En architecture, on apprend à penser un espace, à construire une structure solide et à réfléchir à la manière dont chaque élément trouve sa place dans un ensemble. Finalement, c’est assez proche de l’écriture d’un roman policier : il faut bâtir une intrigue, poser des fondations, créer des liens entre les personnages et savoir quand révéler certains éléments.
J’aime beaucoup travailler la construction de l’histoire, semer des indices, créer des zones d’ombre et amener le lecteur à avancer dans l’enquête petit à petit. Comme dans un bâtiment, chaque détail a son importance et doit avoir une raison d’être.
Mon parcours d’architecte influence donc certainement ma façon d’organiser mes romans, mais ce qui reste au centre de mon écriture, ce sont surtout les personnages, leurs émotions et leurs blessures. La structure sert l’histoire, mais ce sont les êtres humains qui lui donnent son âme.