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La traversée de l’Europe à vélo par 5 amis

« Sur le vélo, tu n'as rien à penser : tu es libre » : les 5 700 km des Velo5raptors racontés de l'intérieur

Des kilomètres d'asphalte sous le soleil, des paysages à couper le souffle et un cap scellé entre la Gruyère, l'Écosse et Igoumenitsa avant le retour en Suisse. Loin d'un parcours de galères, ce périple aura été un rêve absolu à 99 %, marqué par une entente parfaite à cinq et le plaisir pur du voyage à vélo.

Deux semaines après leur retour, Arno Chardonnens revient avec ses mots sur ces 5 700 kilomètres de pur bonheur et sur la réalité de cette aventure humaine.

1. La réalité du groupe : zéro embrouille sur 5 700 km

Question : Le récit de voyage tend souvent à lisser les aspérités. Pourtant, accumuler plus de 5 000 kilomètres en communauté génère inévitablement des frictions. À quel moment précis du parcours votre dynamique de groupe a-t-elle subi sa plus forte zone de turbulence, et quelle règle implicite vous a permis de ne pas faire exploser l'équipe ?

Arno Chardonnens : Étonnamment, l'ambiance lors du voyage a été constamment bonne. On a eu très, très peu de tensions. Les seules tensions qu'on a eu, c'était sur des itinéraires, l'envie de voir des villes ou certains endroits. On n'était pas forcément toujours d'accord, mais on s'est toujours pliés à la majorité. C'était agréable et chacun a toujours pris sur soi. Au final, on n'a jamais eu de problème et honnêtement aucune embrouille, ce qui a permis de créer des liens super forts entre nous. Par contre, il y a eu une évolution dans la dynamique de groupe. Au début, on cherchait tous un peu notre place et nos routines : qui fait à manger, qui monte la tente... On passait beaucoup de temps à s'attendre parce qu'à quatre ou cinq, il y en a toujours un qui doit encore ranger quelque chose ou réparer un truc.

À partir d'un mois, vers la moitié du voyage, on a commencé à avoir une meilleure dynamique. Quand on roulait, on était efficaces et on faisait beaucoup moins de pauses. Plus le voyage avancait, plus on était dans l'optique d'avancer et d'en profiter, en se disant qu'on était en train de finir cette aventure. Et l'avantage d'être sur le vélo, c'est qu'on a le temps de réfléchir : on n'a pas envie de se prendre la tête à s'énerver.

2. L'envers du décor logistique

Question : Entre la recherche quotidienne de logements, la gestion des pannes matérielles, la nutrition et la captation d'images pour le documentaire, la part purement sportive ne représente qu'une fraction de vos journées. Quel est l'aspect le plus usant de cette logistique parallèle que le public ne soupçonne pas en regardant vos contenus ?

Arno Chardonnens : Les journées étaient longues. D'un point de vue sportif, on roulait entre 5 et 7 heures par jour sur la selle, mais ça nous prenait environ 10 heures par jour au total entre le départ et l'arrivée. On arrivait presque toujours entre 15h et 18h parce qu'on s'arrêtait régulièrement pour filmer au drone ou à la GoPro.Ensuite le soir, il y avait aussi du travail : trier les images, préparer l'itinéraire et décider d'où on allait. La partie la plus usante, c'était vraiment de réfléchir à quoi filmer et de mener ces discussions ensemble.

L'autre partie qui prenait de l'énergie, c'était de trouver notre jour de repos hebdomadaire. Toute la semaine, on logeait un peu où on pouvait, en camping ou camping sauvage, et une fois par semaine on voulait un jour de pause en ville. Trouver un Airbnb et discuter de toutes les options possibles, ça prenait du temps. Mais à la fin, on s'est habitués, c'était beaucoup moins usant et c'était devenu naturel.

3. La cause caritative : un soutien, pas une pression

Question : Rouler pour la Fondation Noah donne une dimension éthique forte à votre périple. Mais sur le plan mental, porter cette responsabilité et cette collecte de fonds est-ce un carburant qui transcende la douleur physique, ou parfois une pression supplémentaire sur les épaules ?

Arno Chardonnens : Non, pas du tout une pression. Dès le début, on était très clairs : la Fondation Noah, c'était un plus. Le projet principal, c'était notre voyage, les amis, profiter et faire un film. La fondation est arrivée par la suite et ça donnait un sens supplémentaire à notre voyage. On ne s'est jamais mis de pression sur combien récolter, même si le but était évidemment d'amener le plus d'argent possible pour ces jeunes. C'était vraiment un plus d'avoir le soutien de cette équipe et de savoir que des jeunes suivaient notre aventure. Chaque franc récolté était un bonus, et savoir qu'on pédalait aussi pour ça donnait une super motivation sans aucune pression.

4. Le retour et la magie du temps sur le vélo

Question : Passer sans transition de l'itinérance sauvage quotidienne, où tout est dicté par l'effort et la météo, au retour à la routine provoque souvent un choc mental. Comment gérez-vous cet atterrissage et quel est le décalage le plus frappant entre la réalité du terrain traversé et le regard porté par le public d'ici ?

Arno Chardonnens : Deux semaines après le retour à Igoumenitsa puis en Suisse, chacun reprend ses routines (études, travail). De mon côté, au service civil, ce sont de grosses journées physiques, donc le corps travaille toujours mais le temps libre a drastiquement diminué. On s'y fait, mais on a toujours dans un coin de la tête l'envie de repartir pour un mois de plus ! La grosse différence, c'est la liberté et la charge mentale. Ici, il y a plein de choses à penser. Là-bas, on était libres : si on voulait aller à gauche, on allait à gauche. On mangeait et on se couchait quand on voulait.

Quant au décalage avec le public, c'est vrai qu'en vidéo, on voit surtout les supers moments. On ne ressent pas les centaines d'heures à pédaler, la chaleur étouffante ou la galère de chercher où dormir le soir. On ne voit pas non plus ces moments où chacun est juste dans sa bulle à réfléchir sur son vélo. Mais c'est ça la beauté du bikepacking : on a le temps, on en profite, et les heures passent lentement et agréablement sur le vélo.

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