Interview Christian Pernoud
● La genèse et l'étincelle : Christian Pernoud, chaque livre naît d'une idée ou d'une émotion particulière. Quel a été le déclic précis ou le moment charnière qui vous a poussé à vous lancer dans l'écriture de Qui es-tu Mary ? ?
— L’émotion revient à un lieu. J’étais en repérage pour les besoins de l’écriture d’un autre roman dans le nord de l’état de New York. En arrivant sur Warrensburg proche de Lake George, j’ai tout de suite su qu’une histoire y prendrait naissance. Nous louions un chalet isolé dans la forêt le long de l’Hudson. Je n’avais pas encore une idée de roman, mais le lieu m’inspirait. Le déclic est venu par une scène comme bien souvent. Un jeune homme se tenait à une table du bar de plage de Shepard Park. Une inconnue lui demandait s’il accepterait de la partager avec elle. Une foule occupait toute la terrasse. Je me demandais pourquoi elle s’adressait à lui. J’avais mes deux personnages principaux et une question. L’histoire pouvait débuter.
La complexité du personnage : Mary semble porter une part de mystère et une vraie profondeur. Comment avez-vous construit ce personnage au fil de l'écriture, et que représente-t-elle à vos yeux aujourd'hui ?
— Je l’ai construit à partir de la scène de la rencontre et de la question que je me posais. Pourquoi le choisir lui plutôt que quelqu’un d’autre ? J’ai joué tout au long du roman avec une ambiguïté, une face sombre et une légèreté. Au début je ne connaissais pas son secret. Comme Alan, je découvrais Mary et son côté énigmatique. Comme lui, je m’attachais à elle. Sa fraicheur, sa naïveté, mais aussi sa force et son côté imprévisible me désarçonnait. Je subissais ce qu’elle m’imposait et me dévoilait sans en savoir plus que ce qu’elle me donnait. Pour répondre à votre dernière question, elle représente comme chacun de mes personnages une rencontre marquante. Écrire un roman prend une année. On partage l’intimité de nos personnages, on vit à travers eux. On ne les quitte jamais vraiment.
Les coulisses de la création : Entre l'idée originale et la version finale, quelle a été la scène ou la thématique la plus difficile à écrire, et pourquoi vous a-t-elle demandé autant de travail ?
— L’idée originale m’entrainait vers une autre fin. Je pensais connaitre mon intrigue, mais très vite comme souvent après le premier tiers de l’écriture mes personnages ont pris la main pour m’entrainer vers une histoire différente, la leur. Et la fin est très différente et bien meilleure que celle que j’avais imaginée au départ. Je n’ai pas eu de difficulté, je me suis laissé porter par Mary et Alan. Je n’ai fait que retranscrire ce qu’ils me racontaient.
● L'expérience du lecteur : Une fois le livre refermé, qu'aimeriez-vous que cette histoire laisse comme empreinte ou comme réflexion chez vos lecteurs ?
— Une réflexion sur l’importance des choix que l’on fait. Sur l’amour aussi… Je me dis souvent que l’on a qu’une seule vie. Qu’il nous faut la prendre en main et écouter ses envies ! On peut se tromper, mais à la toute fin cette vision évite, j’imagine, les regrets.
● Le regard d'auteur : Avec le recul sur cette aventure littéraire, y a-t-il une anecdote d'écriture ou un détail caché dans le texte que vous aimeriez partager aujourd'hui ?
— L’anecdote revient au lieu. Nous étions partis en famille sur des repérages. La scène dans la forêt, celle où Alan quitte le chalet en pleine nuit avec Mary est tirée du réel. Lors de notre semaine dans la maison nous testions notre témérité en faisant le tour du chalet en pleine nuit. Des fous rires, des cris… J’ai trouvé amusant de glisser ce clin d’œil dans le texte. Tous les lieux cités dans le roman existent. J’ai pris un plaisir énorme à me retrouver au cœur du comté de Warren durant toute la phase d’écriture du roman.