Interview avec Isabelle Van Wynsberghe, auteure de Chapelles Maléfiques
Question 1 : Sur l'ancrage régional et l'atmosphère mystique
« Votre intrigue débute de manière très percutante entre le cimetière de Jaun et une scène de crime à Charmey, mêlant rituels religieux méconnus et "psycho-criminalité". Pourquoi avoir choisi ce patrimoine religieux et ces décors de la Gruyère pour y ancrer une histoire aussi sombre et mystique ? »
Réponse : Merci ! Depuis le succès des Naufragés d’Ogoz, nous avions souhaité créer une trilogie se déroulant en Gruyère.
Isabelle : Concernant la chapelle de la Monse, le choix me paraissait évident : j’habite en face depuis 2020 (rires). J’aime sa situation isolée, je suis passée de nombreuses fois à côté lors de mes randonnées et je trouve son cadre très inspirant, tout comme les autres chapelles que nous avons choisies.
Quentin : Le cimetière de Jaun, avec ses croix sculptées, offre un patrimoine exceptionnel en Suisse. Notre vision à travers les polars régionaux de la collection Vanil noir est de mettre en avant ces lieux uniques, leur rendre hommage à notre manière tout en donnant envie aux lecteurs de les visiter ou de les découvrir.
I+Q : Le patrimoine religieux, très riche dans notre région, nous offrait des possibilités de vrais décors pour y planter une fiction inquiétante qui puisse créer des émotions chez les lecteurs. Les gens d’ici, tout comme nous, aiment retrouver des lieux familiers dans les histoires.
Question 2 : Sur le choc entre rationalité et traditions (Nouvelle version)
« Dans ce roman, l'inspectrice Sandrine Althaus doit jongler entre les techniques scientifiques modernes de la police criminelle de Fribourg et un milieu très traditionnel, voire secret, lié à l'Église locale et au curé de Charmey. Qu'est-ce qui vous intéresse dans cette confrontation entre la rationalité de l'enquête et le poids des croyances ou du silence ? »
Réponse : Peut-on encore accepter dans une société dite moderne, technologique, les traditions, religieuses et autres, sans les questionner ? Que faire lorsque ces croyances ou us et coutumes entravent une enquête criminelle ?
Quentin : On s’attache toujours à ce que notre processus d’enquête et les techniques évoquées soient cohérentes avec la réalité, tout comme les pratiques religieuses que nous mentionnons.
Isabelle : Nous aimons cette dualité, la juxtaposition des deux mondes dans le quotidien, encore très actuelle dans notre région. Nous aimons réfléchir sur les avancées technologiques, le service ou l’inconfort qui en découle pour l’Humain, qui vit dans une société au rythme galopant sur fond de traditions millénaires.
Question 3 : Sur la nouvelle héroïne (Sandrine Althaus)
« Avec Chapelles maléfiques, vos lecteurs découvrent l'inspectrice Sandrine Althaus à la brigade criminelle de Fribourg. Dès sa première enquête officielle, vous la plongez dans une intrigue particulièrement macabre qui implique l'Église locale et le curé de Charmey. Comment avez-vous construit ce personnage pour qu'il puisse affronter ce que vous qualifiez vous-mêmes "d'inconcevable" ? »
Réponse : Les lecteurs ont pu rencontrer Sandrine Althaus dans le tome précédent Noces rouges sur l’île d’Ogoz, alors policière. Elle y était déjà confrontée à une situation difficile au sein d’un cercle d’amis de jeunesse, ce qui lui a permis de révéler ses ressources et de mieux se connaître elle-même. Elle a ainsi évolué et pu entrer dans la brigade criminelle de Fribourg.
Quentin : L’idée de prendre un personnage jeune, qui grandit face à ces confrontations, nous plaisait tout particulièrement. Nous voulions explorer un contrepied aux histoires usuelles de vieux commissaire désabusé ou de jeune recrue brillante, sortie major de sa promotion et enchaînant les erreurs pour malgré tout réussir. De plus, il nous semblait important et beaucoup plus réaliste de voir notre rookie évoluer au sein d’une équipe. En effet, la police actuelle met cette valeur de cohésion très en avant, et cela ne se reflète pas toujours dans les ouvrages de fiction que nous pouvons lire.
Isabelle : Tout comme Sandrine, nous avions rencontré l’ancien curé de Charmey, qui était véritablement exorciste. Sans spolier ce qui se cache aux origines de l’action dans notre récit, le dilemme qu’a connu le personnage du curé de Charmey est réellement arrivé à un prêtre il y a quelques années (j’ai lu un article là-dessus dans un journal régional). Inscrire une histoire inconcevable, basée sur des faits réels et documentés, nous permet de proposer une histoire unique pour le lecteur, qui puisse lui paraître crédible.
Et cela nous amuse beaucoup. Nul doute que nos prochains ouvrages permettront encore à Sandrine Althaus d’évoluer, dans sa vie privée comme professionnelle.