Image d'entête de l'article

Fabio Benoit

Bonjour Fabio Benoit, bonne année, comment ça va ?

 

Bonjour Stefanie, merci et bonne année à vous également. Tout va bien et j'espère que de votre côté aussi.

 

Nouveau livre, le premier si je ne me trompe pas, comment avez-vous trouvé l’inspiration ?

 

Oui et non. J'ai déjà coécrit un livre paru en 2012 intitulé "Les secrets des interrogatoires et des auditions de police". J'ai également participé à la rédaction de manuels de formation policière et d'articles scientifiques. Mais il est vrai que "Mauvaise personne", paru aux éditions Favre, est mon premier roman.

L'inspiration est toujours là, elle m'a toujours accompagné. Les idées ne manquent jamais, contrairement au temps qui file toujours trop vite. Me lancer dans l'écriture d'un roman était un challenge qui me titillait depuis longtemps. Il a fallu toutefois un déclencheur. Chez moi, ce déclencheur était la tristesse, le drame d'avoir perdu un collègue. Ecrire a été pour moi une forme de thérapie, bénéfique puisqu'elle s'est concrétisée par l'aboutissement d'un livre qui a transformé une émotion difficile à gérer en une expérience qui m'a permis de quelque peu apaiser ce malheur qui n'apportait aucune réponse concrète. C'était un acte égoïste, je l'ai fait pour moi et, sans dire que cela m'a guéri, cela m'a libéré de pensées nocives et considérablement apaisé.

 

Vous avez une autre profession à côté, est-ce qu’elle influe sur les sujets des livres ou au contraire vous essayez de ne pas trop mélanger les deux fonctions professionnelles ?

 

Je me souviens d'un grand couturier qui disait "On n'invente rien, on part toujours de quelque chose !". Il est certain que ce roman est influencé par ma carrière professionnel de commissaire à la police judiciaire, où j'œuvre depuis plus de 27 ans. Je tenais à rester crédible dans cette fiction, en faisant le récit d'une enquête telle qu'elle peut se dérouler dans la réalité. Par contre, je ne mélange pas ces deux activités qui sont bien distinctes. L'écriture se fait en dehors de mon activité professionnelle et me permet de me laisser aller, de n'être tenu non pas par un code de procédure ou des directives parfois très contraignantes, mais uniquement par la logique du récit et par la crédibilité des personnages. L'écriture permet d'être plus ouvert aux autres, d'être plus attentif à son environnement, de mieux percevoir les sens.

 

Les personnages de cet ouvrage sont réels ou fictifs ?

 

Les personnages de "Mauvaise personne" sont fictifs. Pour ce premier roman, il m'importait, comme lors des interrogatoires, d'entrer dans la tête des gens, de me plonger dans leurs pensées, d'expliquer leurs raisonnements, leurs doutes, leurs craintes, leurs envies et de décrire leurs motivations. Pour créer cette ambiance, j'ai volontairement utilisé le "je" pour chacun d'eux, en tâchant de changer le style d'écriture afin de rendre leurs attitudes et comportements plus authentiques. J'avais ce souhait de m'attacher à la description des personnages, plutôt qu'à celle des lieux, de laisser le lecteur s'immerger dans les pensées criminelles. Pour accentuer cette description, avant de me lancer dans l'écriture, j'avais déjà listé à part tous les personnages, à quoi ils ressemblaient et quels seraient leurs attitudes et comportements en fonction de certaines situations. C'est un roman choral avec une écriture plus anglo-saxonne que latine. Cette nuance se remarque d'ailleurs avec le terme "character" qui est la traduction anglaise de personnage en langue anglaise.

Il m'a souvent été demandé si j'étais l'un de ces personnages et plus particulièrement le commissaire Marc-Olivier Forel. Ce n'est pas le cas, je ne suis pas plus l'un ou l'autre.

 

Le meilleur endroit pour trouver l’inspiration

 

Ce qu'il y a de terrible avec l'inspiration, c'est qu'elle peut nous gagner quand elle le veut, n'importe où et n'importe quand. Elle arrive tel un cadeau. C'est pourquoi je me balade avec un bloc-notes pour vite figer toutes ces petites idées fugaces qui peuvent soudain me traverser l'esprit avant qu'elles ne disparaissent et que je ne les oublie. C'est d'ailleurs un problème quand je suis en train de conduire. Mais le terrain le plus fertile reste pour ma part l'isolement, lorsque je suis seul, couché avec une musique en bruit de fond. Il suffit parfois de me mettre dans cet état pour que très vite je trouve des solutions à certains blocages. Un peu comme si cette fertilité imaginaire était liée à la solitude, à ces instants où le cerveau se laisse aller et prenne des chemins non contrôlés mais qui aboutissent toujours à quelque chose.

 

Fiction ou réalité ?

 

Un mélange des deux. Réalité pour la crédibilité, en souhaitant réellement que le lecteur ne soit pas trompé par des pratiques inexistantes. Réalité également concernant les moyens engagés par la police, les contraintes légales et les manières de penser des enquêteurs et des criminels. Mais assurément fiction pour ce qui est de l'intrigue et des personnages. La fiction a ceci de magique qu'elle permet absolument tout, qu'elle ouvre une magnifique évasion et de profonds étonnements.

 

Le prochain sujet de votre futur livre

 

Probablement une suite de "Mauvaise personne" qui reprendra les mêmes personnages dans la mesure où ils ont apparemment plu aux lecteurs. Avec l'introduction de nouvelles personnes qui animeront encore plus l'univers d'Angel, l'homme aux perruches. Mais je pense qu'il y aura à nouveau un petit événement déclencheur, presque anodin, qui aura de grandes répercussions et, bien sûr, plusieurs rebondissements. L'intrigue risque bien d'être encore liée à des personnages pris en tenaille avec leurs doutes et leurs rêves, avec en toile de fond des enquêtes parallèles menées tant par la police que par d'autres intervenants. Un style identique, mais une histoire différente.

 

Noir ou blanc ?

 

Ni l'un ni l'autre, je reste difficile à catégoriser, n'aimant pas ce qui est mis dans des cases. Nous ne vivons pas sur un damier et n'évoluons pas dans un jeu d'échecs. Donc, disons gris avec des nuances tirant tant du clair au foncé. Et surtout rouge plutôt que blanc pour ce qui est du bon vin.

 

Vos influences littéraires

 

Je suis fortement influencé par l'écriture anglo-saxonne que j'ai toujours trouvé fascinante. Peut-être est-ce dû au fait que, lors de mon adolescence, ma maman m'avait acheté toute la collection des Agatha Christie. Ou peut-être encore grâce à mon séjour linguistique en Grande-Bretagne. Le premier livre qui m'a marqué lorsque j'étais gamin a été l'Ile au Trésor de Robert Louis Stevenson. Le livre que j'ai le plus lu a été Le Parfum de Patrick Süsskind que j'ai lu et relu 5 fois. Sinon, je n'ai pas de genre particulier, je dévore des romans, mais aussi des livres liés à la criminologie, à la recherche psycho-sociale ou des magazines scientifiques.

 

Votre livre du moment

 

J'ose à peine le dire car c'est surtout une œuvre commerciale. Mais je suis en train de lire Sérotonine de Michel Houellebeck. Au-delà de l'écriture ou de l'histoire, je voulais surtout tenter de comprendre ce qui pouvait pousser un éditeur à prendre le risque d'immédiatement lancer 300'000 exemplaires lors de la première impression sans savoir si le succès sera réellement au rendez-vous. Ce livre est perturbant et je n'aurai certainement pas de réponse à cette question. Mais les livres qui m'ont récemment le plus marqué sont peut-être "La tulipe du mal" de l'Allemand Jörg Kastner et La promesse de l'Australien Tony Cavanaugh.

 

Celui que vous pourriez lire une énième fois

 

Un livre à lire, c'est une aventure, c'est une période d'évasion où on peut rêver, découvrir, aimer, détester. C'est un plaisir, une ouverture aux autres, à la connaissance, à la culture, aux différences. Certains livres marquent plus que d'autres. Je pense que je pourrais assurément encore relire une sixième fois Le Parfum, mais également Les Dix Petits Nègres d'Agathie Christie. Parfois, c'est une question de timing et d'état d'esprit, c'est le bon ou le mauvais moment. Je reste persuadé qu'un livre lu aujourd'hui peu plaire mais déplaire demain. Mais dans tous les cas, je finis un livre que j'ai commencé, même s'il ne me plaît pas car je me dis toujours que ça peut évoluer en mieux au fil des pages.

 

2 bonnes résolutions pour cette année

Aucune, on ne les tient jamais. Et pourquoi croire que 2019 sera différente des autres années ? Nous avons tous besoin d'une coupure, de faire un break, de nous retrouver avec nos proches et de nous laisser aller à une période de partages, de repas, d'abus divers durant les fêtes. C'est nécessaire et ça fait du bien. Mais je ne crois pas que nous tenions réellement à changer ce que nous sommes ou ce que nous faisons uniquement en fin d'année. S'il y a quelque chose à modifier, alors n'attendons pas la fin de l'année pour le faire, agissons là, tout de suite et maintenant. Je crois en nos propres choix, au fait que nous sommes des adultes et que, même si parfois la vie peut être difficile, nous sommes toujours maîtres de nos propres décisions. La vie est une roue, elle tourne, elle avance mais c'est nous qui tenons le guidon de nos choix et qui décidons de la cadence. Car si tel n'est pas le cas, alors l'existence serait bien triste.

 

Je vous propose d’écrire une biographie, ce serait celle de qui ?

La réponse sera assurément un peu bateau car elle a déjà dû être donné maintes fois. Je dirais celle de Nelson Mandela, un homme incroyable qui a toujours su garder ses convictions avec humilité et humanité, sans violence et avec un grand pardon. Je reste admiratif par la vie et le courage de ce grand homme.

 

Un conseil à donner aux futurs écrivains ?

 

Plusieurs personnes, lors de dédicaces notamment, m'ont dit qu'elles auraient toujours voulu écrire mais qu'elles n'avaient jamais osé. Quel dommage ! Si vous voulez écrire, peu importe la thématique, peu importe le style ou la qualité d'écriture. Ecrivez, lancez-vous, osez ! Ne vous prenez pas la tête avec toutes les embûches que vous risqueriez de rencontrer. Racontez l'histoire, celle qui vous tient à cœur, ensuite relisez-la, faites-la relire par des proches et prenez votre temps pour la peaufiner, mais agissez ! Vous pourrez toujours après coup parfaire le style et modifier ce qui vous apparaît nécessaire. Et ensuite seulement cherchez un éditeur. Cette dernière étape est importante, car trouver un bon éditeur qui accompagne réellement ses auteurs dans toutes les étapes n'est pas aisé. Pour ma part, j'ai eu beaucoup de chance, toute l'équipe des éditions Favre fait un job extraordinaire. Mais si vous pensez en premier lieu à l'échec et à toutes les étapes nécessaires, vous ne verrez qu'une montagne à franchir; il est alors quasi certain que vous n'oserez pas et que vous passerez à côté d'un rêve et d'une magnifique aventure. Pourtant, un rêve mérite assurément d'être vécu.

 

Un grand merci pour cette interview Fabio Benoit, je vous laisse le mot de la fin

 

Osez toujours, ne vivez pas avec des regrets ! La vie est trop courte.

 

Merci et belle continuation

 

Merci à vous.

 

Crédit photo : Matthieu Spohn

Partager: