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Celle qui sait de Riley Sager

Celle qui sait de Riley Sager : Le huis clos gothique à l'épreuve du twist

Avec son dernier roman, Celle qui sait (The Only One Left), Riley Sager délaisse ses influences cinématographiques habituelles pour s'ancrer dans la tradition du roman gothique. En résulte un huis clos étouffant, suspendu entre mystères du passé et manipulation psychologique.

L'intrigue

En 1983, Kit McDeere, une aide-soignante au passé trouble, est engagée à Hope’s End, un manoir délabré du Maine. Sa patiente, Leonora Hope, est une septuagénaire lourdement paralysée et muette. En 1929, Leonora fut la seule survivante du massacre sanglant de sa famille. Jamais condamnée mais désignée coupable par l'opinion publique, elle décide enfin de briser le silence. À l'aide d'une vieille machine à écrire et de son unique doigt valide, elle tape cette phrase : « Je veux tout vous raconter. »

Une atmosphère magistrale

La grande réussite du roman réside dans son décor. Le manoir, qui penche littéralement vers l'océan et menace de s'effondrer à chaque tempête, devient un personnage à part entière. Riley Sager tisse ici une ambiance brumeuse et oppressante qui rappelle le Rebecca de Daphne du Maurier.

L'utilisation de la machine à écrire est un excellent choix stylistique : en privant Leonora de parole, l'auteur ralentit le flux des révélations et distille le suspense lettre après lettre, dans la frustration de ce face-à-face silencieux.

Le piège de la surenchère

Le principal point de discorde réside dans le dernier tiers de l'ouvrage. Si la première moitié brille par sa tension psychologique, la résolution bascule dans le spectaculaire. Fidèle à sa signature, Sager enchaîne les révélations à un rythme effréné. Si cette audace narrative offre un divertissement indéniable, elle s'opère au détriment de la vraisemblance. L'accumulation de coïncidences dans les cinquante dernières pages pourra laisser les lecteurs les plus rigoureux sceptiques.

En conclusion

Celle qui sait est un thriller d'ambiance particulièrement immersif. Moins réaliste que ses précédents opus, il s'apparente à un hommage baroque et théâtral aux secrets de famille. Un roman efficace, idéal pour les amateurs de suspense esthétique, à condition d'accepter les règles du jeu de l'auteur et de privilégier le plaisir du spectacle à la rigueur de la logique pure.

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