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Ce qu'ils nous ont pris, le nouveau thriller de Léa Morenn

Rencontre avec Léa Morenn : « Parfois, la vérité est si difficile à accepter que le cerveau crée une autre réalité pour survivre »

Avec son nouveau thriller psychologique Ce qu’ils nous ont pris, Léa Morenn plonge ses lecteurs dans une atmosphère suffocante où les souvenirs se révèlent aussi dangereux que les secrets de famille. Rencontre avec une autrice qui maîtrise l'art de la tension et dissèque la psychologie des traumatismes avec une grande finesse.

 

Le Journal : Votre protagoniste, Eren Conti, est un homme profondément tourmenté, déchiré entre son passé et son présent. Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans la construction de ce personnage si complexe, et en quoi son obsession pour l'enquête est-elle liée à ses propres failles ?

Léa Morenn : J'ai adoré créer le personnage d'Eren. Bien qu'il soit complexe, il m'a beaucoup touchée par sa sensibilité et cette force qu'il déploie pour cacher ses souffrances à ses proches. Construire un protagoniste aussi tourmenté a sans doute été l'un des plus grands défis de ce roman. Je voulais que le lecteur comprenne à quel point il est déchiré entre son présent et son passé.

 

Ce qui m'intéressait le plus, c'était de montrer un homme qui se bat pour sa famille et qui lutte chaque jour contre les démons de son passé, malgré des traumatismes qu'il n'a jamais réellement pu guérir. Son obsession pour l'enquête naît aussi de cette douleur : en cherchant la vérité, il tente d'affronter ce qui le hante depuis des années. C'est cette fragilité mêlée à sa détermination qui le rend profondément humain.

 

Le Journal : Le roman alterne avec brio entre le présent et les souvenirs d'enfance. Comment avez-vous travaillé cet entrelacement pour que les pièces du puzzle s'assemblent de manière si fluide ? Et diriez-vous, comme certains lecteurs, que le passé est le véritable antagoniste de l’histoire ?

Léa Morenn : Je n'ai eu aucune difficulté à mêler le présent et le passé dans ce roman, c'est même quelque chose que j'adore, particulièrement dans les thrillers psychologiques. J'aime lorsque deux temporalités qui semblent séparées, ou liées de manière lointaine, finissent par se rejoindre progressivement au fil de l'histoire. En tant que lectrice, j'apprécie énormément ces allers-retours. À chaque nouveau chapitre, on avance un peu : soit on comprend davantage ce qui s'est réellement passé, soit, au contraire, on se perd encore plus dans les fausses pistes. Mais on sent qu'il existe un lien et que toutes les réponses finiront par émerger. C'est exactement ce que j'ai voulu reproduire : cette sensation que les pièces du puzzle se mettent en place petit à petit, jusqu'au moment où tout s'assemble enfin.

 

Concernant le passé d'Eren, je comprends qu'on puisse le considérer comme le véritable antagoniste du roman, puisqu'il le hante et l'empêche parfois d'avancer. Mais personnellement, je ne le vois pas de cette façon. Son passé n'est pas son ennemi ; c'est une partie de lui, une partie de son histoire. Il n'a jamais choisi de vivre les traumatismes qui l'ont marqué, et il porte encore les blessures qu'ils ont laissées. Pour moi, le véritable problème n'est pas le passé lui-même, mais les cicatrices qu'il a laissées et qui n'ont jamais totalement guéri. Si Eren avait réussi à apaiser ces blessures, ces événements resteraient douloureux, mais ils ne constitueraient plus un obstacle. Ils feraient simplement partie de son parcours.

 

Le Journal : Ce qu'ils nous ont pris se distingue par une tension psychologique particulièrement addictive. Quel est votre secret pour maintenir un rythme si haletant de la première à la dernière page ?

Léa Morenn : Je n'ai pas vraiment de secret pour créer la tension psychologique ! En réalité, j'ai surtout essayé de réunir dans ce roman tout ce que j'aime retrouver dans les thrillers, que ce soit dans les livres ou au cinéma. En tant que lectrice, j'aime beaucoup les chapitres courts qui se terminent sur une révélation, une question ou une phrase qui donne envie de tourner la page. J'aime aussi les plot twists, ces moments où tout bascule et où nos certitudes sont remises en question. J'ai donc essayé de reproduire ces sensations dans mon écriture.

 

Pendant toute la rédaction, je me suis beaucoup appuyée sur la musique. J'avais parfois l'impression de voir les scènes comme un film qui se déroulait dans ma tête. Cette ambiance m'a accompagnée tout au long du processus et a certainement contribué à nourrir la tension du récit. Finalement, j'ai écrit ce roman en me demandant constamment ce qui, moi, me tiendrait en haleine en tant que lectrice.

 

Le Journal : Vous explorez de manière fascinante la frontière poreuse entre la vérité et le mensonge. Vos recherches sur la psychologie humaine ont-elles nourri cette idée que l'on peut s'inventer une réalité pour survivre au drame ?

Léa Morenn : Tout à fait. Dans ce roman, comme dans le premier, je me suis beaucoup intéressée à la psychologie et aux traumatismes, aux traces qu'ils laissent sur nous et à l'impact qu'ils peuvent avoir sur notre avenir. J'ai lu énormément de témoignages de personnes qui, pour ne pas affronter une réalité trop douloureuse, se construisaient inconsciemment une version des événements plus supportable.

 

Souvent, ce n'est pas un mensonge volontaire : c'est un véritable mécanisme de défense mis en place par le cerveau pour survivre à un choc ou à une souffrance. C'est là que la frontière entre vérité et mensonge devient particulièrement intéressante à explorer. Dans Ce qu'ils nous ont pris, je voulais montrer que parfois la vérité peut être si difficile à accepter que l'on préfère, même inconsciemment, s'accrocher à une autre réalité. C'est un sujet qui me fascine et que j'aime beaucoup développer dans mes histoires.

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